Âgé de 52 ans, l’actuel directeur des affaires financières du Quai d’Orsay devient directeur de l’agence pour l’enseignement français à l’étranger. Diplômé de Sciences Po (en 1995), Alexandre Morois a passé l’ensemble de sa carrière au service de la diplomatie. D’abord secrétaire des affaires étrangères, il occupera plusieurs postes au Quai d’Orsay. Notamment n°2 de l’Ambassade de France au Vatican, dans les années 2000, ou encore Premier conseiller à l’Ambassade de France, en Grèce, entre 2012 et 2016. 

Et c’est un profil de haut fonctionnaire qui s’apprête à bousculer le monde de l’enseignement français à l’étranger. Ancien sous-directeur des ressources humaines, puis directeur des affaires financières du ministère, Alexandre Morois est l’homme des arbitrages budgétaires serrés. C’est lui qui, en coulisse, a négocié avec Bercy et validé la baisse des crédits de notre diplomatie culturelle. C’est lui, encore, qui a piloté la reprise en main financière de l’AEFE par le ministère. Autant dire que son arrivée annonce une gestion au cordeau, très axée sur la rigueur comptable, quitte à mettre les établissements sous pression.

Et le moins que l’on puisse dire, c’est que le nouveau directeur général va entrer directement dans le vif du sujet. Le réseau est en pleine ébullition. À ce jour, une majorité d’établissements conventionnés refusent de signer les nouveaux accords financiers imposés par Paris. Un véritable bras de fer est engagé avec les comités de gestion, et le spectre de déconventionnements plane sur le réseau.

À cela s’ajoute une réunion de crise avec les personnels le 17 juin prochain pour réformer les prestations familiales dès la rentrée. Entre la fronde des gestionnaires, la colère des syndicats et des parlementaires en embuscade qui surveillent le dossier de près, Alexandre Morois va devoir troquer sa calculette pour une bonne dose de diplomatie. Il n’a pas la réputation d’un va-t-en-guerre, mais il va devoir faire preuve de pédagogie pour justifier des réformes qu’il a lui-même initiées dans l’ombre.

Pour ce spécialiste des chiffres, passer des couloirs feutrés du Quai d’Orsay aux cours de récréation des lycées français du monde sonne comme la découverte d’un nouveau continent. Reste une question : se laissera-t-il enfermer dans le rôle de simple comptable d’une réforme décriée, ou saura-t-il enfiler le costume de premier défenseur d’un réseau qui fait la fierté de la France à l’international ? Les prochains mois nous le diront.